Fermentation et putréfaction

Fermentation et putréfaction dans le colon

Les micro-organismes des matières fécales appartiennent à des espèces très variées, les unes aérobies, les autres anaérobies. On estime que les corps microbiens représentent environ 1/3 de la masse fécale. L'activité microbienne est maximale dans le cæcum (côté droit du corps) et diminue progressivement ensuite.

Les micro-organismes contenus dans le cæcum sont capables d'effectuer la synthèse de nombreuses vitamines (vit.K et vit.B: ac.pantothénique, biotine, ac. folique, vit.B12) et permettent ainsi à l'organisme de résister plus longtemps à certains régimes carencés.

Chez l'homme, il se produit dans le caecum des phénomènes analogues à ceux qui se développent dans le tube digestif des herbivores, mais leur ampleur est moindre. L'activité microbienne attaque la cellulose des aliments cellulosiques assez tendres: Ils permettent ainsi d'utiliser non seulement les matériaux nutritifs ainsi libérés, mais encore les produits de la dégradation de la cellulose elle-même.

Les microbes sont capables de sécréter des enzymes qui dégradent l'amidon, la cellulose, les matières protidiques:

* Les glucides subissent un processus de FERMENTATION ACIDE qui s'accompagne de dégagement de Co2. Ils sont transformés en acides organiques divers (ac.lactique, ac.butyrique, ac.propionique, ac.acétique, ac.succinique) dont une partie est absorbée et utilisée dans le métabolisme.

* Les protéines subissent un processus de PUTREFACTION. En fonction de leur structure complexe, elles donnent naissance à des produits beaucoup plus variés: ammoniaque, amines, phénols, indole, scatole, hydrogène sulfuré. La putréfaction (contrairement au processus de fermentation) engendre des produits BASIQUES. Les produits des putréfaction sont au contraire presque tous plus ou moins TOXIQUES (ex: les ptomaïnes).

Il existe physiologiquement un véritable antagonisme entre les FERMENTATIONS et les PUTREFACTIONS. Alors que les bactéries de fermentation s’accommodent bien d'un milieu ACIDE, celles de putréfaction ne supportent pas ces conditions ou tout au moins se développent mal dans un tel milieu.

Le processus de fermentation est un processus protecteur et aussi longtemps que dans l'intestin les fermentations acides restent actives, les putréfactions ne se produisent pas, ou seulement d'une façon insignifiante. Normalement, les fermentations acides débutent dans la seconde partie de l'intestin grêle, s'accumulent dans la partie terminale et atteignent leur maximum d'intensité dans le caecum. Les acides organiques formés sont partiellement neutralisés par les sécrétions alcalines de la muqueuse. Une partie d'entre eux est absorbée et utilisée par l'organisme. A l'état normal, le contenu du caecum reste acide et les germes de putréfaction ne s'y développent pas.

Lorsque la masse fécale en voie de formation quitte le caecum et le côlon ascendant, elle est voisine de la neutralité (en terme de PH) et ne contient presque plus de glucides utilisables par la flore intestinale de l'homme. Les microbes de fermentation meurent donc progressivement et laissent se développer ceux de la putréfaction. La masse fécale devient alcaline.

Mais, si la presque totalité les glucides de la ration alimentaire ont été digérés et absorbés avant que le contenu intestinal ne parvienne au cæcum, les putréfactions deviennent vite prépondérantes.

La mauvaise alimentation actuelle, comportant un excès de viande et de sucre, la mauvaise mastication liée aux repas pris trop vite fournit à l'intestin des matières intestinales riches en protéines animales mal digérées. En cas de constipation chronique, lorsque le transit intestinal est ralenti, les selles sont trop sèches et les lactobacilles disparaissent. Les lactobacilles font partie de la flore intestinale "acide" qui constitue donc une barrière naturelle contre les microbes de putréfaction, qui eux, se développent plutôt en milieu alcalin. Avec leur disparition, la barrière de protection acide va disparaître. La flore acidophile diminuant, les germes de putréfaction vont monter dans le grêle, s'y développer et provoquer météorisme, ballonnement, et surtout être responsables de la formation de produits extrêmement toxiques: les ptomaïnes.

Les putréfactions se développent non seulement aux dépens des résidus des protéines alimentaires, mais aussi et surtout aux dépens des protéines, des sécrétions et desquamations de la muqueuse intestinale et des cadavres bactériens. Des acides aminés sont d'abord libérés, puis deux processus bien connus entrent en jeu pour la formation des produits de la putréfaction: la décarboxylation et la désamination.

La décarboxylation des acides aminés donne naissance à des aminés: ornithine, lysine, tyrosine, histidine... qui engendrent respectivement, la putrescine, la cadavérine, la tyramine, l'histamine... Naissent également le mercaptan, l'hydrogène sulfuré, l'ammoniac, le scatole et l'indole.

Les produits de la putréfaction sont tous plus ou moins toxiques. La fraction absorbée par la muqueuse intestinale arrive directement au foie par la veine porte. Par ses actions chimiques puissantes, le foie est capable de transformer les substances toxiques d'origine intestinale. Il oxyde l'indole en indoxyle (indoxyle-sulfate et indoxyde-glycuronate), et le benzène en phénol (phénol-sulfate et phénol-glycuronate). Ces substances conjuguées sont dénuées de toxicité, et sont éliminés par l'urine. Le dosage de ces substances dans l'urine est un moyen d'estimer l'intensité des putréfactions intestinales.

Cet inconvénient est facilement évitable. Il suffit que la ration alimentaire comprenne des aliments riches en glucides protégés par des enveloppes cellulosiques (céréales). Les fruits et les légumes, en particulier les carottes, les pommes, la caroube, permettent de lutter aussi efficacement contre les putréfactions.


Ne remplace pas, ne peut en aucun cas remplacer une consultation médicale.